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Combattre la douleur chronique à l’aide de la méthode FeldenkraisJane E. Bordy - traduit par Louise PoulinThe New York Times, 30.10.2017

Combattre la douleur chronique à l’aide de la méthode Feldenkrais

Jane E. Bordy - traduit par Louise Poulin

The New York Times, 30.10.2017

Après deux séances d’une heure axées d’abord sur la conscience du corps, puis sur le réapprentissage des mouvements au Feldenkrais Institute of New York, j’ai compris que je pouvais ressentir moi aussi une incroyable légèreté de tout mon être. Après avoir relâché, du moins temporairement, la tension musculaire qui aggrave les douleurs que je ressens au dos et à la hanche, je me suis sentie comme si je flottais sur un nuage.

J’ai longtemps été réticente à écrire au sujet de cette méthode qui vise à atténuer la douleur, parce que je croyais qu’il s’agissait d’une sorte de charabia nouvel âge dénué de tout fondement scientifique. Comme j’avais tort! 

La méthode Feldenkrais est l’une de plusieurs techniques de mouvement de plus en plus populaires qui, à l’instar de technique Alexander, visent à mieux intégrer les rapports entre l’esprit et le corps. En prenant conscience des interactions entre le corps et son environnement et en apprenant comment agir de façon moins stressante, il devient possible d’abandonner les mouvements habituels qui provoquent les douleurs chroniques ou qui y contribuent.

La méthode a été inventée par Moshe Feldenkrais, physicien israélien qui était aussi ingénieur en mécanique et expert en arts martiaux, par suite d’une blessure au genou qui lui a fait craindre de perdre l’usage de ses jambes. En se fondant sur les connaissances spécialisées qu’il avait acquises sur la gravité et la mécanique du mouvement, il a conçu des exercices visant à faciliter les mouvements corporels et à les rendre plus efficaces.

Je suis allée à l’institut sur l’insistance de Cathryn Jakobson Ramin, qui a décrit en détail, dans son récent ouvrage intitulé « Crooked », la nature et les résultats de la quasi-totalité des méthodes actuellement préconisées pour le traitement des douleurs au dos, ce problème qui me hante de façon presque continue depuis plusieurs décennies. Ayant elle-même tiré profit des séances Feldenkrais, Mme Ramin avait de bonnes raisons de penser que cette méthode m’aiderait.

Dans son ouvrage, Mme Ramin relate l’expérience de Courtney King, qui a commencé à éprouver des spasmes aigus au dos un peu avant d’avoir trente ans. Mme King suivait plusieurs cours de danse par semaine et faisait également du yoga; elle a donc cru que ses douleurs au dos, qui était tendu et rigide, pouvaient être causées par le stress découlant de ces activités. Cependant, elle a expliqué à Mme Ramin qu’après avoir suivi quelques séances Feldenkrais, [TRADUCTION] « j’ai compris que la douleur était davantage liée à la façon dont je bougeais au quotidien ».

Après une seule séance, j’ai compris à mon tour ce qu’elle voulait dire. Lorsque je m’efforce de me déplacer de façon plus fluide et de me tenir droite lorsque je marche ou que je m’assois, ou encore d’être plus détendue et d’agir de façon moins précipitée lorsque je fais la cuisine, je n’éprouve aucune douleur. Les mouvements lents, doux et répétitifs que j’ai pratiqués au cours d’une séance de groupe Feldenkrais m’ont aidée à prendre conscience de la façon dont j’utilise mon corps par rapport à mon environnement; cette prise de conscience est le premier pas à franchir pour changer son comportement.


 Une des fautes que je commets fréquemment, comme plusieurs personnes, consiste à utiliser de petits muscles pour accomplir des tâches conçues pour les gros muscles, ce qui occasionne de la fatigue et des douleurs excessives.

La séance de groupe, appelée Awareness Through Movement (prise de conscience par le mouvement), a été suivie d’une séance individuelle appelée Functional Integration (intégration fonctionnelle), laquelle a été dirigée par un thérapeute qui m’a aidée à relâcher la tension de mes muscles et articulations; c’est précisément cette tension qui restreignait mes mouvements et augmentait mon inconfort. À l’aide de douces manipulations et de mouvements passifs, le thérapeute a adapté son approche à mes besoins particuliers.

L’objectif ultime des deux séances consiste effectivement à réorienter le cerveau, c'est-à-dire à créer de nouvelles connexions nerveuses qui mènent à des mouvements simples et faciles, en plus d’être efficaces et confortables sur le plan physiologique. Bien que la méthode Feldenkrais ait été inventée au milieu du XXe siècle, les neurophysiologistes ont démontré depuis la plasticité du cerveau, sa capacité de former de nouvelles cellules, de se réorganiser, voire d’apprivoiser de nouvelles façons de faire.

Il faut aussi souligner que le coût des séances Feldenkrais est relativement peu élevé (les séances de groupe coûtent en moyenne, de 15 $ à 25 $, tandis que les séances individuelles coûtent de 100 $ à 200 $) et que les endroits où elles sont offertes sont accessibles pour presque tous. Il y a plus de 7 000 instructeurs et praticiens répartis dans dix-huit pays, dont une bonne partie aux États-Unis. Quels que soient votre âge, votre force, votre forme physique et votre bien-être, vous pouvez participer. Les exercices sont lents et doux et peuvent être adaptés selon vos convenances. Leur effet calmant atténue sensiblement le stress qui est à l’origine de la tension musculaire, des raideurs et des douleurs.

Bon nombre de praticiens de la méthode Feldenkrais, comme Marek Wyszynski, directeur du centre de New York, ont débuté leur vie professionnelle comme physiothérapeutes, mais de nombreux autres n’avaient aucune formation médicale lorsqu’ils ont commencé à pratiquer et à enseigner la méthode. Ils ont ensuite suivi une formation de trois ans et demi pour devenir des praticiens accrédités de la méthode Feldenkrais.

M. Wyszynski a expliqué qu’il commence par observer la façon dont les patients utilisent leur corps : la manière dont ils s’assoient, se tiennent debout et marchent peut être à l’origine de leur pathologie, du moins en partie, qu’il s’agisse d’hernie spinale/discale, d’arthrite, de douleurs à l’épaule ou encore de problèmes d’articulation du genou. Comme l’a si bien dit le Dr Feldenkrais, [TRADUCTION] « Si vous ne savez pas ce que vous faites, vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez ». Les patients sont ensuite appelés à vivre une expérience sensorielle visant à leur montrer clairement comment leur posture et leur comportement contribuent à provoquer leurs douleurs et à restreindre leurs mouvements physiques. Ainsi, certaines personnes utilisent trop de force, grincent des dents, retiennent leur souffle ou précipitent leurs gestes, ce qui cause une tension musculo-squelettique excessive. Il y a bien des années, je me suis aperçue que mes fréquents maux de tête étaient causés par l’habitude inconsciente que j’avais de serrer la mâchoire lorsque je me concentrais de façon intense sur une tâche comme la couture ou la préparation d’un repas. Les instructeurs de la méthode Feldenkrais ne fournissent pas de formules donnant automatiquement accès à la bonne façon de se comporter; ils incitent plutôt leurs patients à se découvrir et se corriger eux-mêmes.

Une fois qu’ils ont pris conscience de leurs mauvaises habitudes, les étudiants ont la possibilité d’expérimenter d’autres mouvements, postures et comportements et, par la pratique, d’acquérir de nouvelles habitudes moins susceptibles de causer des douleurs.

M. Wyszynski m’a expliqué que plus de mille (1 000) leçons différentes de la méthode Feldenkrais sont actuellement offertes et que la plupart concernent des gestes de tous les jours, comme le geste d’atteindre un objet, de se lever, de se tourner, de se pencher et de marcher.

À titre de physicien et d’ingénieur en mécanique, le Dr Feldenkrais a compris que le squelette humain devait s’adapter aux effets de la gravité afin de rester droit. Le Dr Feldenkrais voulait que les personnes y parviennent de la façon la plus efficace qui soit. À l’aide de deux grands cylindres en mousse joints bout à bout en hauteur, M. Wyszynski a démontré un principe fondateur de la méthode Feldenkrais. Lorsque le cylindre du haut était centré sur celui du bas, il restait en place sans aide. Cependant, lorsqu’il n’était plus centré et qu’il était déplacé près du rebord du cylindre du bas, il tombait. Si les cylindres étaient plutôt des parties du squelette d’un être humain qui étaient de biais, les muscles tendus devraient travailler plus fort pour empêcher la personne de tomber.

Ainsi que l’a expliqué M. Wyszynski, [TRADUCTION] « une bonne posture permet au squelette de se tenir et de soutenir le corps sans dépenser inutilement de l’énergie malgré l’attraction de la gravité. Cependant, lorsque la posture est mauvaise, les muscles font une partie du travail des os et, étant donné que le squelette est mal soutenu, les muscles doivent demeurer contractés pour empêcher le corps de tomber ».


A version of this article appears in The New York Times print on Oct. 31, 2017, Section D, Page 7 of the New York edition with the headline: Standing Up Lightly to Chronic Pain.

Read original English version here.

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